J’ai rencontré Bibi Tran à New York quand elle travaillait pour l’organisation de méditation transcendantale de David Lynch. Diplômée de Duke et Columbia University, Bibi Tran est artiste peintre et professeur d’arts plastiques à New York. Bibi Tran nous apporte à travers cet échange une vague de douceur et d’optimisme.

Tu es d’origine vietnamienne, américaine, francophone et grande voyageuse, notamment au Brésil où tu as fait des résidences d’artiste. Le voyage est une source d’inspiration pour toi?

Le voyage est un très bon moyen d’ouvrir et libérer l’esprit. Chaque fois que je voyage, mon ego se tait ; j’apprends de nouvelles choses qui me font ouvrir les yeux. Je réalise que je suis infiniment petite dans cette grande galaxie, et qu’il y a toujours plus de choses à apprendre et expérimenter. C’est cette réalisation et la capacité du voyage à ouvrir l’esprit qui m’aident à créer. Cela permet aux idées de circuler librement. Quand nous sommes physiquement bloqués, nos idées peuvent aussi rester bloquées. Pour moi, l’art est une connexion spirituelle entre l’énergie et les matériaux. L’artiste n’est que le canal. Et le voyage peut ouvrir ce canal. Les cultures, les sons divers et toute la beauté naturelle du monde m’inspirent aussi beaucoup.

Qu’est-ce qui t’a conduit à l’art?

Enfant, j’ai toujours aimé l’art. Cela a commencé avec la série animée Sailor Moon. Je dessinais les personnages dans des tenues différentes sur des centaines de pages : c’était une obsession. Mes parents, immigrés vietnamiens, voulaient que j’aille dans une école d’élite, comme Duke, plutôt qu’une école d’art. Ce que j’ai fait, mais j’ai quand même étudié l’art et je suis tombée amoureuse de la peinture. On connaît la suite! Je dois remercier toute ma communauté, mes amis et professeurs qui ont cru en moi depuis le début. Ce sont eux qui m’ont poussée à penser sérieusement à l’art. Je n’arrête jamais de créer car cela m’aide à communiquer. Quand on ressent beaucoup d’émotions ou que l’on a des centaines d’idées, l’art est un endroit parfait pour communiquer de manière productive.

Pourquoi avoir voulu enseigner et transmettre à de jeunes enfants?

Pour moi, les enfants sont les humains les plus purs de la terre. Ils ne se cachent pas derrière un masque. Ils sont juste “eux-mêmes”. C’est cette pureté qui leur permet d’être les meilleurs artistes du monde! Ils sont vraiment libres. Quand nous devenons adultes, nous changeons. Je suis vraiment reconnaissante de pouvoir travailler avec des enfants : ils m’inspirent et m’aident à rester dans la pureté et la joie au quotidien. Quand j’enseigne, je souhaite que mes étudiants comprennent que l’art n’est ni  “bon” ni “mauvais”. L’art existe pour exprimer notre voix, et c’est tout. Je veux inspirer mes élèves à honorer leurs croyances et leurs pensées. Nous ne devrions pas changer sous prétexte que la société l’attend.

Tu as entre tes mains l’éducation de jeunes enfants avec la mission de leur ouvrir les yeux, entretenir leur état d’émerveillement constant et les aider à exprimer leur créativité. Quelle belle mission!

Merci. Les enfants sont notre avenir. Quand nous quitterons ce monde, ils auront la terre entre leurs mains. Nous devons nous efforcer de nourrir des âmes pleine de compassion, de gentillesse et d’amour. Selon moi, l’art adoucit les moeurs et j’espère que, quand mes élèves seront adultes, ils apporteront un peu de beauté et de bien au monde.

J’ai vu que tes élèves s’exprimaient sur la question du vivre-ensemble. Comment enseigner dans un contexte aussi politiquement chargé que l’année dernière?

C’est assurément un temps chargé. Ce qui compte, ce sont les concepts : compassion, humanité, justice, que nous pouvons explorer librement en classe. L’art est un moyen universel pour exprimer les idées. Même si l’on pense différemment, on peut s’exprimer démocratiquement via l’art. Ce que je trouve ironique, c’est que les enfants comprennent souvent mieux l’idée d’unité et de paix que les adultes.

Ton univers est très coloré et positif, d’où vient-il?

A vrai dire, j’ai eu beaucoup de moments émotionnellement difficiles quand j’étais plus jeune. Mais j’ai remarqué que la couleur, comme la musique, peut changer l’atmosphère. Une couleur vive a un effet distinct sur les émotions. Il existe un lien fort entre la couleur et l’émotion. Une diversité de couleurs peut enrichir notre vie. C’est peut-être la raison pour laquelle on adore aller à la plage pour voir les verts et bleus vibrants, mais également se laisser porter par le ciel noir parsemé d’étoiles argentées. Mon optimisme découle d’un grand travail d’introspection. La méditation, les médecines naturelles, la psychologie, les voyages, l’intuition sont pour moi des outils pour puiser dans l’énergie positive. Nous n’avons qu’une seule vie : pourquoi ne pas la vivre avec optimisme, amour et découverte?

Quelle est ton oeuvre favorite?

Agnès Martin était pour moi une artiste très intéressante. Ses pièces n’ont jamais eu de noms définitifs mais si vous cherchez “Gratitude” sur Google, 1 ou 2 peintures apparaissent. Je pourrais les regarder sans fin, ou mieux, tomber dans une piscine remplie de ces couleurs et de cette énergie. Agnès vivait dans les montagnes et travaillait à canaliser la perfection qu’elle voyait dans la nature. Ces œuvres me rappellent que la vie est belle et simple, cela m’apaise.

Merci Bibi pour ce moment de sérénité couplé à une déferlante de couleurs!

Pour retrouver les travaux de Bibi Tran, RDV ici ou sur son site.

Si ce portrait vous a plu et vous souhaitez découvrir plus de profils artistiques, n’hésitez pas à jeter un oeil aux interviews de Cathy Tabbakh ou Valentine Del Giudice.